La Caverne de Platon

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Cliquez sur l’image ou le titre pour voir le texte original.

Ce texte me semble essentiel pour mieux appréhender le monde que nous parcourons au quotidien. Il décrit parfaitement le fonctionnement majoritaire de la population auquel nous sommes confrontés dans notre quête de vérités. On peut trouver de nombreuses pages sur internet parlant de ce texte …. la page wikipédia est intéressante, notamment dans le passage évoquant comment la situation de la Caverne s’applique à notre société occidentale de divertissement :

Au chapitre 1114 de son livre La République de Platon, le philosophe Alain Badiou reprend le mythe de la caverne pour l’appliquer aux représentations fallacieuses du réel produites par les médias :

« Imaginez une gigantesque salle de cinéma. En avant l’écran, qui monte jusqu’au plafond, mais c’est si haut que tout ça se perd dans l’ombre, barre toute vision d’autre chose que de lui-même. La salle est comble. Les spectateurs sont, depuis qu’ils existent, emprisonnés sur leur siège, les yeux fixés sur l’écran, la tête tenue par des écouteurs rigides qui leur couvrent les oreilles. Derrière ces dizaines de milliers de gens cloués à leur fauteuil, il y a, à hauteur des têtes, une vaste passerelle de bois, parallèle à l’écran sur toute sa longueur. Derrière encore, d’énormes projecteurs inondent l’écran d’une lumière blanche quasi insupportable. […] Sur la passerelle circulent toutes sortes d’automates, de poupées, de silhouettes en carton, de marionnettes, tenus et animés par d’invisibles montreurs ou dirigés par télécommande. Passent et repassent ainsi des animaux, des brancardiers, des porteurs de faux, des voitures, des cigognes, des gens quelconques, des militaires en armes, des bandes de jeunes des banlieues, des tourterelles, des animateurs culturels, des femmes nues… Les uns crient, les autres parlent, d’autres jouent du piston ou du bandonéon, d’autres ne font que se hâter en silence. Sur l’écran on voit les ombres que les projecteurs découpent dans ce carnaval incertain. Et, dans les écouteurs, la foule immobile entend bruits et paroles. […] Ils n’ont donc aucune autre perception du visible que la médiation des ombres, et nulle autre de ce qui est dit que celle des ondes. Si même on suppose qu’ils inventent des moyens de discuter entre eux, ils attribuent nécessairement le même nom à l’ombre qu’ils voient qu’à l’objet, qu’ils ne voient pas, dont cette ombre est l’ombre […] Ils n’entendent que la copie numérique d’une copie physique des voix humaines. »

La société que nous parcourons cherche encore et toujours la sécurité, et celle ou celui qui parcourt la Caverne se voit encore aujourd’hui opposer toutes attitudes de peur de sortir du conformisme. On voit bien ici la relation des mots : confort et conformisme. Les sens actuels de ces mots n’ont guère de relation mais quand on creuse un peu … Voici un article très intéressant à propos du conformisme : http://www.fawkes-news.com/2017/01/dissonance-cognitive-le-conformisme.html

Il y a cependant quelque chose qui me semble manquer dans la description originelle : l’inter-relation existant entre les différents étages de la Caverne. Essayons de mettre en parallèle les personnages décrits dans la caverne et notre société : je remets l’illustration de départ pour aider à la compréhension :

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Les personnages enchaînés peuvent être assimilés au Peuple, à la base de la société. Il s’agit de la force vive d’une société, celle qui lui permet sa subsistance première par son travail.

Le deuxième étage, les personnages encapuchonnés du dessin qui transportent les objets générateurs d’ombres peuvent être assimilés à ceux qui dispensent le savoir au Peuple (on remarquera ici la pertinence de la Langue des Oiseaux , le « savoir » = le ça voir, le voir ça) , à une époque, le clergé religieux donnait le La à ce que le Peuple avait à savoir. Aujourd’hui ce rôle est partagé avec les médias et le milieu scolaire. Le texte originel n’en parle pas mais on peut mettre à la suite, toute la hiérarchie pyramidale qui organise notre société, et qui donne les ordres aux ceux sensés dispenser la connaissance (encore un exemple de détournement du sens des mots puisque « dispenser » veut bien dire « éviter » et même littéralement « éviter de penser » !). Cet étage est un premier test pour « l’Affranchi » , car il peut tomber dans le piège du pouvoir sur les autres, et ce à chaque étage de la pyramide !

Il y a ensuite un personnage mystérieux qui est celui qui ôte les chaînes et permet à la personne de prendre conscience des différents étages pour arriver enfin jusqu’au Soleil, à l’Air Libre. Celui-là est le messager de la Vie, le curieux hasard qui change l’immuable… Et il a la Sagesse de faire passer toutes les étapes avec discernement à celui qui sort de la Caverne. Il n’exerce pas non plus en tant que Gourou ou autre synonyme. Il ne serait alors qu’un usurpateur cherchant à recruter pour sa propre Caverne !

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Si on poursuit notre analogie avec notre monde contemporain il est intéressant de noter que toute une partie de la société reste dans la caverne. Cela nous montre bien l’inter-dépendance qu’il existe entre les différents étages et que jusqu’au sommet de la pyramide, tout dépend finalement de ce que le Peuple croit ou alors plus rien ne fonctionne. En effet, imaginons qu’il n’y ait plus personnes pour regarder les ombres : à quoi donc serviraient ceux qui tiennent les objets ? et ceux qui leur ordonnent de défiler avec ces objets ?  Tout un système qui s’écroule ! On comprends ici mieux pourquoi il est si difficile de réformer une société quand bien même on aurait une vision claire de ses dysfonctionnements. Voici également pourquoi tout porteur de changement rencontre autant de résistances … Non seulement, il lui est difficile d’accepter une autre réalité pour le fond de la Caverne puisqu’il ne connaît rien d’autre mais en plus, il faut faire face à tous ceux qui risquent de perdre « leur job » si il n’y a plus personne pour regarder les ombres !

On peut à présent se rendre compte de tout le discernement dont doit faire preuve celui qui détache quelqu’un du fond de la Caverne ! C’est ce qui est sous-entendu par la description du retour du personnage libéré. En effet, endosser le rôle du personnage mystérieux équivaut à une grande responsabilité : à la fois celle du déséquilibre généré dans la structure sur laquelle il agit (on s’en accommodera bien, à moins d’avoir un intérêt dans ce type de structure de société liberticide mais j’ai comme un doute d’avoir des lecteurs sincères dans ce cas), mais aussi vis à vis de la Connaissance qui a été transmise. A minima, le « libérateur » se doit de mettre en garde des conséquences de cette connaissance nouvellement acquise et donc de laisser libre l’autre de quitter sa cage ou non. Dans le cas contraire, ce serait comme offrir une arme chargée à un enfant et ensuite se dédouaner des résultats de son utilisation. Comme je le signalais il y a quelques temps dans une discussion : « il faut faire attention lorsqu’on sort la tête du sable à une autruche, si elle était bien comme cela, son premier réflexe sera de mordre ! ».

On comprends ainsi mieux pourquoi la Connaissance ne s’acquiert qu’au prix de nombreux efforts qui sont garants de la probité de l’apprenti comme de celle de l’éducateur… Ainsi, nous passons dans l’étude par trois étapes  : du Savoir (premier étage, je vois ça) à la Compréhension (le deuxième étage : comprendre = prendre avec donc celui qui tient les objets créant les ombres) puis à la Connaissance ( Naître avec, et donc mourir à ce que l’on était avant…trouver une autre lumière, le troisième étage de la Caverne). Symboliquement le parcours de la Caverne est bien similaire à celui de la Naissance et l’illustration le montre bien …

On peut faire un parallèle avec ce qui est décrit par Ouspensky dans le chapitre 2 (p.53 et suivantes) de son livre « fragments d’un enseignements inconnu » (je ferai une page à ce sujet, en attendant, vous pouvez cliquer ici pour la version pdf du livre). Il nous donne un éclairage supplémentaire sur la Caverne, que Gurdjieff nomme « la prison ». Il insiste sur le fait qu’un homme seul ne peut rien… voici l’extrait :

« Vous ne réalisez pas votre propre situation. Vous êtes en prison. Tout ce que vous pouvez désirer, si vous êtes sensé, c’est de vous évader. Mais comment s’évade-t-on ? Il faut percer les murailles, creuser un tunnel. Un homme seul ne peut rien faire. Mais supposez qu’ils soient dix ou vingt, et qu’ils travaillent à tour de rôle : en s’assistant les uns les autres, ils peuvent achever le tunnel et s’évader. En outre, personne ne peut s’échapper de la prison sans l’aide de ceux qui se sont déjà échappés. Eux seuls peuvent dire de quelle façon l’évasion est praticable et faire parvenir aux captifs les outils, les limes, tout ce qui leur est nécessaire. Mais un prisonnier isolé ne peut pas trouver ces hommes libres ni entrer en contact avec eux. Une organisation est nécessaire. Rien ne saurait être achevé sans une organisation. G. devait revenir souvent sur cet exemple de la “prison” et de l’ “évasion de la prison”. C’était parfois le point de départ de tout ce qu’il disait et il aimait à souligner que chaque prisonnier peut un jour rencontrer sa chance d’évasion, à condition toutefois qu’il sache se rendre compte qu’il est en prison.»

L’ensemble de la situation popularisée par Platon, nous montre bien notre fonctionnement mécanique quant à nos peurs et à nos réactions quand nous sortons de notre zone de confort, cela nous permet également de prendre en considération (de comprendre à mon étage actuel, bien que la Co-naissance arrive) la pression exercée par la société. Il faut une sacrée dose de courage et de volonté pour y faire face… et encore plus pour essayer de partager le fruit de ce que nous avons découvert !

Heureusement pour nous, il y a un moyen de sortir du piège et d’éviter de répéter le scénario infernal qui nous ramène au fond de la Caverne à nouveau enchaîné :

  • Par L’Attention nous arrivons à voir nos schémas personnels qui nous maintiennent dans la Caverne et sortir une première fois en étant à l’écoute des messagers que nous envoie la Vie.
  • Par la compréhension des rôles de Victime, Bourreau et Sauveur, nous pouvons éviter tous les écueils du retour dans la Caverne et jouer le rôle du personnage mystérieux qui enlève les chaînes.
  • Par le partage, nous réussissons là où seul, la Caverne nous rattrape jour après jour …

C’est par cela que nous pourrons retrouver individuellement et collectivement la Surface, l’Air Libre !

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  écrit en écoutant Britney Spears – Overprotected

( bel exemple de la Caverne par les paroles et donc super exercice de discernement et d’anglais – si si !  )

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